N°120 : Quand le recyclage intensifie la pollution plastique

Acheter des vêtements en fibres synthétiques recyclées peut donner le sentiment de faire un geste pour l’environnement. Et c’est vrai : revaloriser des fibres provenant de bouteilles en PET, de filets de pêche ou encore d’anciens textiles réduit l’extraction de nouvelles ressources… mais cette solution a aussi ses limites et un prix.

Des recherches menées à l’université Çukurova en Turquie, publiées par l’ONG Changing Markets, montrent que les vêtements en fibres synthétiques recyclées libèrent davantage de microplastiques lors du lavage : jusqu’à 55 % de plus que le polyester vierge, avec des particules 20 % plus petites, donc plus faciles à disperser dans l’environnement. Sachant qu’un seul cycle de lavage peut libérer jusqu’à 900 000 fibres dans l’eau.

Ces particules sont aujourd’hui omniprésentes dans les océans, mers et lacs. Le Léman est lui aussi concerné. En 2024, l’étude Pla’stock¹ a confirmé cette pollution massive en révélant que 63% des particules plastiques retrouvées sur les plages provenaient de l’industrie textile, soit près de 4 800 fibres/m2.

Au-delà de leur présence, leur forme pose également question. Ces microplastiques issus des textiles ont déjà été détectés dans notre organisme et une récente étude de l’Université de Genève² montre que ces fibres peuvent également s’emmêler dans le corps de certaines espèces de zooplancton, perturbant leurs mouvements, provoquant des dommages physiques, du stress cellulaire et réduisant globalement leurs chances de survie. Ces résultats soulignent l’importance de considérer les dangers chimiques et physiques des particules pour en évaluer les risques écologiques.

Bref, recycler du plastique en vêtements ne résout pas le problème ; au contraire, cela augmente le rejet de microplastiques. Privilégier les vêtements en fibres naturelles est de loin le meilleur moyen de réduire l’émission de fibres synthétiques.

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(1) : Etude réalisée en collaboration avec l’Université de Genève, l’étude « Pla’stock » de l’ASL, proposée et soutenue par la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman – CIPEL afin de répondre à son plan d’action, a permis d’estimer les quantités de plastiques présentes sur les plages du Léman en 2021 et 2022.

(2) Marelja, M.; Ma, C.; Ibelings, B. W.; Slaveykova, V. I. Species-specific impacts of fibrous microplastics on behavior, survival and oxidative stress in freshwater zooplankton. J. Hazard. Mater. 2026, 501, 140718

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