N°26 : Les seiches du Léman

Il n’est pas question ici de parler du céphalopode exclusivement marin mais bien d’un mystérieux phénomène lacustre.

« L’on dirait de vagues gigantesques, prodigieusement faibles et prodigieusement lentes ; l’on dirait de marées en miniature à périodes singulièrement rapides. » (F. A. Forel).
Ce phénomène peut entraîner une élévation du niveau d’eau allant de quelques centimètres à plus d’un mètre en l’espace de quelques minutes à plus d’une demi-heure. Ces seiches ont toujours intrigué les scientifiques. Dès le 18ème siècle, l’ingénieur genevois Jean-Christophe Fatio de Duillier rapporte que les riverains nomment cet étrange phénomène seiches. Le mot seiche est tiré du patois qui signifie «va-et-vient ». La seiche serait causée par des vents locaux.
Cette hypothèse est réfutée car des seiches peuvent survenir par temps calme, beau et sec.

Mais d’où viendraient ces changements de niveau d’eau ?
D’autres hypothèses sont échafaudées. Les seiches pourraient provenir d’une montée d’eau due à la fonte des neiges, ou de nuées électriques (nuages d’orage) attirant et soulevant la masse d’eau en un point, puis cette eau retombe créant ainsi des ondulations. Horace Bénédict de Saussure, en 1779 se rapproche de l’explication actuelle. Les seiches seraient causées par des pressions atmosphériques inégalement répartie sur le lac, agissant tels des pistons qui pousseraient l’eau à certains endroits. Cette hypothèse est étayée est confirmée en 1803 par Jean-Pierre-Etienne Vaucher. La variation de la pression atmosphérique crée des vents poussant l’eau d’un point à un autre du lac. Dans la région en basse pression, le niveau d’eau est plus haut que dans la région en haute pression entraînant ainsi un mouvement de balancier. Lorsque le vent cesse, les eaux retournent à l’équilibre.

Les seiches sont donc des phénomènes de mouvement de masse d’eau provoqués par des vents entraînant ainsi des changements de niveau d’eau, tel un balancier.
Le Savant François-Alphonse Forel a pu établir que les plus grandes seiches se retrouvaient dans des zones “d’entonnoir ” avec peu de profondeur comme à Genève. Le record d’amplitude mesuré est de 2 m 15 en 1841 à Genève.
Grâce à cette information, il a pu résoudre le problème de l’Euripe (Grèce) resté insoluble pendant 23 siècles. En Grèce, des moulins à eaux ont été installés dans le détroit d’Euripe. Fonctionnant à l’énergie des marées de la mer Egée, les locaux s’étonnèrent de les voir tourner à l’envers 7 fois par jour. De nombreux scientifiques étudièrent le phénomène mais aucun ne le résolut. Une légende dit qu’Aristote, par désespoir face à ce problème, se serait jeté dans les eaux tumultueuses de l’Euripe. F.-A. Forel a pu mettre en lumière pourquoi ces moulins étaient si capricieux. Il existe des seiches sur ce lac de Talanti, situé dans le détroit de l’Euripe, allant dans le sens inverse des mouvements de marées. Ces phénomènes étant amplifiés par l’étroitesse du détroit, ils prennent le dessus sur les marées.
Revenons au Léman. F.-A. Forel, par ses recherches, a démontré qu’il existe deux types de seiches, celles longitudinales, oscillant de Chillon à Genève, et celles transversales, oscillant de Morges à Evian.

En plus de ces seiches de surfaces, le Léman est également touché par des seiches internes.
Ces seiches se forment le plus souvent en été car il y a la présence de la couche thermocline (voir les 60s du 11.09.2019 : Un Léman à trois étages). Cette dernière est une couche de transition thermique rapide entre les eaux de surfaces (chaude) et les eaux profondes (froide). Le vent soufflant sur la surface entraîne une inclinaison de cette couche, ce qui provoque des déplacements de masse d’eau en profondeur avec une forte amplitude. Ces mouvements peuvent remonter à la surface sous forme de petites oscillations sans qu’il n’y ai de vent dans cette zone.

Informations tirées des chroniques du lac de J-J Pittard, Les Seiches : vagues d’oscillation fixe des lacs de F. A Forel et du Musée du Léman.

Pour plus d’informations : Naissance et transformation des lacs

Crédit photo : Musée du Léman

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